Le vendredi 14 septembre 2007

Un musulman plaide pour la laïcité

Caroline Touzin
La Presse
Rouyn-Noranda

Les musulmans n’ont pas besoin d’accommodements raisonnables au Québec. « Je refuse que mon étudiant me dise : «Il est l’heure de la prière, je vais faire la
prière.» Ce n’est pas obligatoire de faire la prière à un temps si précis.»

C’est ce qu’a expliqué un musulman d’origine marocaine et professeur de l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue (UQAT) aux audiences de la commission Bouchard-Taylor, hier à Rouyn-Noranda. Des propos qui ont fait écho à ceux de la rectrice de l’UQAT, aussi venue présenter un mémoire.

« Je prétends que tout musulman peut vivre dans une société laïque tout en pratiquant sans aucune difficulté toutes les règles de l’islam. J’ai pu le faire et je le fais encore au Québec depuis 22 ans, et je ne me considère pas destiné à l’enfer », a écrit le professeur de mathématiques Driss Boukhssimi dans son mémoire. Pour lui, les institutions publiques doivent être laïques. « Les accommodements sont une aberration. On n’a pas besoin d’un local pour prier pour être musulman. Si on m’offrait un local, je le refuserais », a-t-il ajouté, faisant référence au récent débat à l’École de technologie supérieure à Montréal.

À l’UQAT, on ne fait pas d’accommodements raisonnables. « On a un certain nombre de nos profs qui font le ramadan. Au lieu de tenir nos réunions à 17 h ou 18 h, on les fait plus tôt pour qu’ils puissent ensuite aller prendre leur premier repas de la journée. C’est la même chose qu’un parent qui a l’obligation de finir tôt pour aller chercher son enfant à la garderie », raconte la rectrice, Johanne Jean. Ce sont des ajustements concertés, pas des accommodements raisonnables.

 

Manque de structures d’accueil

 

L’Abitibi reçoit entre 25 et 45 immigrants par an. « On voudrait en accueillir beaucoup plus, mais on manque de structures d’accueil comme des centres de francisation », a dit la rectrice. Un professeur en économie et politique à la retraite de l’UQAT a blâmé la politique d’immigration canadienne. « Cette politique favorise seulement les grandes villes et laisse des miettes aux régions », a lancé Enrique Colombino.

Pour ce prof originaire de l’Argentine, ce n’est ni plus ni moins qu’« un manque de justice et d’équité dans les millions de dollars qu’on dépense pour recruter un quart de million de nouveaux arrivants en moyenne, à chaque année, au Canada pour les débarquer dans cinq ou six villes choisies ». Il faut être déterminé pour immigrer en Abitibi, selon lui. « Les immigrants arrivent ici contre l’avis des agents d’immigration. On leur dit qu’ici il n’y a rien à faire, qu’il n’y a pas d’emploi, à part dans les mines », déplore-t-il.

Une mère et une fille sont venues dire qu’elles n’avaient pas peur des immigrants, mais des intégristes musulmans et des hassidim. Même s’il n’y en a pas à Rouyn. « Je ne veux pas que les accommodements servent de porte arrière pour faire entrer les intégristes. Ça n’en prend pas beaucoup pour faire des dommages », a lancé la fille, Elaine Liewert.

Certains prennent des expressions bien de chez eux pour exprimer leur crainte des accommodements. « Entre vous, pis moé pis la boîte à bois, les religions sont basées sur des légendes et des superstitions », a écrit un paraplégique muet, Gérard Crête, dans son mémoire. Il s’est présenté à la Commission pour qu’on interdise les mutilations génitales au Québec. « Vous semblez refléter des craintes que tout le monde n’a pas », lui a répondu le coprésident Gérard Bouchard. La Commission se déplace à Sept-Îles et au Saguenay la semaine prochaine.

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