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Surfer dans la chambre coucher

 

Charles Burroughs  
03 avril 2006 - 09h47
 

Les enseignants vous le diront: chaque matin, ils font face à des classes remplies de gars et de filles somnolents, avec des poches sous les yeux et dont le déficit d'attention se rapproche du déficit national américain.
 

Trop de devoirs ou devoirs trop difficiles ? Études épuisantes qui leur réclament jusqu'à la dernière calorie d'énergie ? Malnutrition ou problèmes familiaux qui sapent leur joie de vivre et leur concentration ? Peut-être, mais s'il s'agit d'adolescents ou d'adolescentes sans histoire, allez plutôt voir du côté de leurs habitudes nocturnes pour comprendre pourquoi un comportement de zombie devient la norme chez les ados et même les préados.

Bob Sullivan, auteur du blogue The Red Tape Chronicles publié sur le site Web de MSNBC, préconise un moyen facile de ramener ces créatures de l'ombre dans le monde des vivants : bannir l'ordinateur de leur chambre à coucher.

Fini le temps de la petite lecture avant-dodo. Il est tellement plus «cool» de passer la nuit à clavarder ou à échanger des courriels avec les copains que de dormir pour refaire ses forces.

Selon Bob Sullivan, une récente étude en Grande-Bretagne suggère que 20 % des adolescents dorment en moyenne deux heures de moins par nuit que leurs parents, le blâme reposant carrément sur l'ordinateur, les jeux électroniques et les téléphones cellulaires dans la chambre à coucher.

Une étude rendue publique en mai 2005 par la Kayser Family Foundation révèle que 31 % des jeunes américains âgés de 8 à 18 ans ont un ordinateur dans leur chambre à coucher, dont 20 % ont un accès à Internet, le double d'il y a cinq ans. Et 10 % des enfants entre 8 et 10 ans jouissent du même privilège. Par ailleurs, le quart des ados du niveau secondaire utilise une forme ou l'autre de messagerie textuelle à partir de leur chambre.

Susan Shankle, thérapeute familiale, indique que le problème est répandu au point qu'elle demande ou se trouve l'ordinateur utilisé par l'enfant dans son questionnaire d'évaluation initiale. " Je demande aux parents si l'ordinateur en question se trouve dans la chambre à coucher et s'ils croient que leur enfant dort suffisamment, déclare-t-elle. Je recommande invariablement aux parents de retirer l'ordinateur de la chambre mais, malheureusement, ils ne tiennent pas toujours compte de cet avis. "

Le sans-fil grand coupable

Il fut un temps ou un ordinateur non branché à Internet était simplement un outil de travail ou de jeu. Aussi longtemps qu'on ne s'avisait pas de faire passer un câble Ethernet dans la chambre de l'ado, il n'avait pas accès au Web et à toutes ses distractions. L'avènement des réseaux sans fil est venu tout changer. Il n'existe aucun moyen pratique d'interdire l'accès à Internet à un appareil outillé de la sorte.

«Les parents qui croient pouvoir surveiller les activités de leurs rejetons lorsqu'ils sont enfermés dans leur chambre se trompent», indique Barbara Melton, autre thérapeute familiale. «Les jeunes sont très ingénieux lorsqu'il s'agit de tromper la vigilance parentale. Certains diminuent l'intensité de leur écran, d'autres placent une serviette de bain sous la porte pour cacher la lumière. Ils connaissent tous les trucs que leurs parents ignorent», ajoute-t-elle.

Susan Shankle croit que le phénomène est répandu à un point tel que l'usage nocturne de l'ordinateur, conjugué aux qualités accroc d'Internet, contribuent à l'augmentation des cas de trouble déficitaire de l'attention chez les adolescents.

Et la situation ne fera qu'empirer, compte tenu des nouvelles technologies d'Internet. La plupart des téléphones cellulaires permettent un accès facile à Internet, et la messagerie électronique textuelle connaît déjà une popularité explosive chez les adolescents.

Une aubaine pour les prédateurs

Aucun parent ne permettrait à un étranger dans la quarantaine de venir s'enfermer à double tour dans la chambre à coucher de leur enfant. Mais c'est précisément de qui se produit chaque jour dans le monde virtuel.

Une récente émission d'affaires publiques diffusée sur la chaîne américaine NBC a fait ressortir de façon dramatique les dangers auxquels s'exposent les ados qui circulent sur Internet sans supervision.

L'émission, intitulée To Catch a Predator III, porte à réflexion. Dans une courte période de trois jours, 51 personnes ont frappé à la porte d'une résidence croyant pouvoir obtenir des rapports sexuels avec une personne âgée de 12 ou 13 ans supposément seule à la maison. L'émission a clairement fait ressortir que ces individus savaient pertinemment qu'ils correspondaient (ou plutôt croyaient correspondre) avec de jeunes adolescents.

Bien des ados, particulièrement les plus jeunes, sont naïfs au point de gober tout le baratin que leur servent les prédateurs sexuels qui hantent le cyberespace. Ils n'hésitent pas à révéler des renseignements personnels, allant jusqu'à afficher sur Internet des photos intimes d'eux-mêmes.

Les sites de clavardage et les réseaux d'interaction sociale comme MySpace. com sont des lieux de prédilection pour les prédateurs qui n'ont aucune difficulté à cacher leur vraie nature pour manipuler leurs jeunes proies.

Pour le parent averti, se mettre au parfum de la technologie et s'impliquer dans les activités de leurs enfants est un excellent moyen de leur faire comprendre le danger qui les guette. Le site Web Data Doctors ( www.datadoctors.com/parents/) offre d'excellents conseils aux parents. On y apprend à déceler les signes avant-coureurs de problèmes à venir, les pièges à éviter, un modèle de contrat familial pour l'usage d'Internet et même un glossaire de termes couramment utilisés dans les salles de clavardage.