Les tam-tam ont 30 ans... leur mystère aussi

Catherine Handfield
La Presse
Le dimanche 11 mai 2008

Printemps 1978. Un professeur de percussions nommé Don Hill amène ses élèves à la place Jacques-Cartier, dans le Vieux-Montréal. Ce jour-là, la leçon de tambour djembé aura lieu à l'extérieur, question de profiter du beau temps.

Don Hill ne s'en doutait probablement pas, mais il venait de poser les jalons des fameux tam-tam de la montagne.

Le traditionnel jam du dimanche, qui s'ouvre aujourd'hui au pied du mont Royal, fête son 30e anniversaire cette année. Enfin... selon certaines versions. En effet, lorsqu'il s'agit de raconter la genèse des tam-tam, chacun interprète l'histoire à sa façon.

Le Montréalais Jeremy Dunlop n'en démord pas: la version du professeur américain Don Hill est la bonne. «Je n'ai manqué aucun dimanche des 15 premières années des tam-tam, et je sais exactement ce qui s'est passé», jure le percussionniste de 55 ans, originaire de la Jamaïque.

En 1979, le professeur Hill et ses élèves auraient quitté le Vieux-Montréal pour s'installer près de la statue de Sir George-Étienne Cartier, au pied de la montagne. La Ville ne tolérait plus de jam dans ses rues, explique Jeremy Dunlop.

Difficile de confirmer la version: Don Hill est aujourd'hui décédé. Mais selon le Montréalais Milton Dawes, il faut plutôt chercher l'origine des tam-tam dans une ancienne usine de l'avenue du Mont-Royal Ouest.

«Vers la fin des années 70, nous étions six percussionnistes à pratiquer là-bas, raconte l'homme de 76 ans, lui aussi d'origine jamaïcaine. Et un jour, l'un d'entre nous a proposé de sortir dans le parc. L'idée nous a plu.»

Qui dit vrai? Martin Bonin, fondateur du groupe de percussions Zuruba, croit qu'il faut cesser de chercher l'origine des tam-tam. «C'est un phénomène de masse, spontané. Personne ne l'a créé, et personne ne pourra jamais le diriger», dit celui qui a longtemps pratiqué au pied de la montagne.

Les pionniers s'entendent toutefois sur la suite de l'histoire: au fil des années, des musiciens se sont greffés au noyau fondateur. Michel Séguin, musicien de Robert Charlebois, et des percussionnistes sénégalais ont notamment laissé leur marque.

«Mais au milieu des années 80, c'est devenu chaotique, se souvient Jeremy Dunlop. Des vendeurs de toutes sortes ont afflué au pied de la montagne. On trouvait de tout: des bijoux, des instruments, de la nourriture, de la bière, du fort... et bien sûr beaucoup de drogues.»

Depuis, les policiers ont resserré le contrôle et la Ville réglemente les permis de vendeurs. Si les temps ont changé, l'héritage des tam-tam est encore présent. «Avant, c'était presque impossible d'acheter un djembé à Montréal. Aujourd'hui, c'est rendu aussi commun qu'une guitare», conclut Jeremy Dunlop.

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